Christian Bromberger

Professeur à l’Université de Provence – IDEMEC (UMR 6591)

Co-président du Conseil scientifique du Musée des Civilisations
de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM)

(1989)

 

 

“Le stade de football:
une carte de la ville
en réduction.”

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,

professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi

Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca

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Dans le cadre de: “Les classiques des sciences sociales”

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professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
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Jean-Marie Tremblay, sociologue

Fondateur et Président-directeur général,

LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.

 

Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :

 

 

Christian Bromberger

 

“Le stade de football : une carte de la ville en réduction.”

 

Un article publié dans la revue MAPPEMONDE, vol. 89, no 2, 1989, pp. 37-40. Numéro intitulé : “Espaces du sport”. URL. [En ligne] Consulté le 19 juin 2013.

 

 

[Autorisation formelle accordée par l’auteur le 17 février 2012 de diffuser ce texte dans Les Classiques des sciences sociales.]

 

Courriel : brombergerchristian@gmail.com

 

 

 

Polices de caractères utilisée : Times New Roman, 14 points.

 

Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2008 pour Macintosh.

 

Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5’’ x 11’’.

 

Édition numérique réalisée le 19 juin 2013 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, Québec.

 

 

 

 

Christian Bromberger

Professeur à l’Université de Provence – IDEMEC (UMR 6591)

Co-président du Conseil scientifique du Musée des Civilisations
de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM)

“Le stade de football:
une carte de la ville en réduction.”

Un article publié dans la revue MAPPEMONDE, vol. 89, no 2, 1989, pp. 37-40. Numéro intitulé : “Espaces du sport”. URL. [En ligne] Consulté le 19 juin 2013.

 

 

 

Table des matières

 

 

 

 

Résumé / Abstract / Resumen

 

Introduction

Nordistes et sudistes

Les joueurs, des figures emblématiques des identités sociales

La présence au stade : un baromètre de l’intégration dans la cité ?

 

 

[37]

 

 

Christian Bromberger *

“Le stade de football :
une carte de la ville en réduction.”

Un article publié dans la revue MAPPEMONDE, vol. 89, no 2, 1989, pp. 37-40. Numéro intitulé : “Espaces du sport”. URL. [En ligne] Consulté le 19 juin 2013.

 

 

 

 

 

 

 

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Résumé

L’analyse du public des spectateurs des matches de football de l’Olympique de Marseille révèle la recomposition géographique et sociale de la ville dans les gradins du stade. Cette situation n’est pas figée, puisque la dynamique sociale de chacun se traduit par une trajectoire particulière dans les différents espaces des tribunes. Spectateur de son propre spectacle, chaque groupe de supporters va aussi chercher, dans la diversité des rôles tenus par les joueurs, sa propre identification.

Mots clef : Dynamique Sociale, Football, Marseille, Spectacle

 

 

Abstract

 

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Analysis of the audience attending football matches of the Olympique de Marseille reveals the geographical and social recomposition of the city in the stadium tiers. The situation is not set once for all, since personal social dynamics results in spécific moves within différent spatial areas round the stands. Part of the show themselves, each supporting teams are also in search of their own identity through the personality and the role played by professionals.

Football Marseille, Show, Social Dynamics

 

Resumen

 

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El análisis del público de los partidos de fútbol del Olímpico de Marsella pone de manifiesto la recompositión geográfica y social de la ciudad en las gradas del estadio. Dicha situatión no es estática ya que la dinámica social de cada espectador se traduce en una trayeetoria particular por los diferentes esnacios de las tribunas. Espectador de su proprio espectáculo, cada grupo de hinchas busca tambien su propia identificatión a través de la diversidad de los papeles que desempeñan los jugadores.

Dinamica Social, Espectaculo, Futbol, Marsella

 

 

 

Introduction

 

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Contrairement à une idée fortement ancrée, les foules sportives ne forment pas des masses invertébrées, unanimes et anonymes, où les différences de statut entre spectateurs s’annuleraient dans la joie festive d’être ensemble. Sur les gradins des stades, cloisonnés en espaces hiérarchisés (tribunes centrales, quarts-de-virage, virages…), le public se répartit par affinités d’âge, de quartier, de profession, voire d’origine ethnique ou régionale. Chaque catégorie de spectateurs affiche des habitudes (heure et mode d’arrivée au stade : seul, en famille, avec un groupe d’amis) et des comportements (gestuels, vocaux, vestimentaires) bien spécifiques. Par sa forme en anneau compartimenté, où s’inscrivent et se lisent ces différences, le stade s’offre ainsi comme un des seuls espaces où une société urbaine, à l’échelle des temps modernes, peut se donner une image sensible à la fois de son unité et des contrastes qui la façonnent. Lieu dé spectacle d’une pratique sportive, le stade est aussi le lieu du spectacle d’un spectacle, celui fourni par le public, une occasion exceptionnelle d’expression et de théâtralisation des rapports sociaux. Chaque secteur du stade apparaît comme une sorte de territoire où s’ancre une conscience d’appartenance commune : parmi ces secteurs, certains sont plus fortement symbolisés : les virages situés dans l’axe des buts aux deux extrémités de l’ovale tonné par les gradins, où se regroupent les jeunes supporters les plus ardents ; la tribune officielle, dont les places des premiers rangs sont rigoureusement réparties entre les détenteurs du pouvoir politique, sportif, économique.

Les observations, tribune par tribune, et deux enquêtes systématiques menées auprès du public du Stade Vélodrome de Marseille [1] ont fait clairement apparaître ces processus de « territorialisation ».

 

 

Nordistes et sudistes

 

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Un trait frappe d’emblée quand on examine la répartition des spectateurs : la géographie sociale de la cité se projette grosso modo sur celle du stade, offrant une carte vivante et en modèle réduit de la ville. Au nord du stade se regroupe, en forte proportion, un public issu des quartiers populaires du nord de la ville (13e, 14e, 15e et 16e  arrondissements) ; la distribution des spectateurs des quartiers chics et résidentiels du sud de l’agglomération (8e, 9e et 10e arrondissements), bien que plus diffuse, est particulièrement dense dans le virage sud et dans les tribunes centrales. Ainsi se reproduit dans les gradins le grand partage entre le nord et le sud, qui façonne la cité (fig. 1 et 2). Une répartition aussi tranchée ne procède ni de simples mécanismes de ségrégation par le prix des places (variant de un à sept), ni de pures commodités pratiques (venant du nord de l’agglomération on se dirigerait vers les entrées situées au nord pour s’épargner quelques mètres de marche !). S’installer dans telle tribune relève, sauf exception, d’un choix délibéré. Tel est particulièrement le cas quand un jeune supporter va rejoindre « son » virage. Celui du nord est occupé par une cohorte bruyante, désordonnée et facétieuse, venant des quartiers et banlieues populaires du nord de la ville : l’Estaque, Saint-Louis, Saint-Antoine,

 

[38]

 

 

1. Les spectateurs originaires des quartiers nord

Pour toutes les cartes, l’intensité des symboles traduit le gradient d’intensité du phénomène.

 

 

 

 

2. Les spectateurs originaires des quartiers sud

 

 

 

 

Sainte-Marthe. Ce public, où l’on compte bon nombre de fils d’immigrés maghrébins (fig. 3), est fortement conscient de ce qu’il représente dans le stade et dans la cité : il expose aux regards une immense banderole où est inscrit « NORTH YANKEE ARMY », emblème symbolisant une appartenance territoriale mais aussi, de façon diffuse, idéologique. Pour un jeune supporter des quartiers nord, quitter « son virage » n’est pas un geste anodin mais correspond à un changement dans sa vie personnelle et sociale ; par exemple, fiancé ou marié, il s’installera dans les quarts-de-virage ; devenu artisan ou commerçant, il fréquentera la tribune est, etc. Au public turbulent du virage nord s’oppose celui, tout aussi passionné mais beaucoup plus organisé, du virage sud, fief du « Commando Ultra » ; ces jeunes supporters « inconditionnels », aux manifestations de soutien rigoureusement programmées, sont installés au centre des gradins occupés par un public issu massivement des quartiers sud de la ville. À la banderole « NORTH YANKEE ARMY », répond l’hymne sudiste qu’entonnent les Ultras et qui n’est pas dépourvu non plus de résonances idéologiques (ne l’en surchargeons pas pour autant). Du nord au sud, le contraste est donc net, non seulement entre les origines du public, mais aussi entre les styles de « supportérisme ».

 

Les joueurs, des figures emblématiques
des identités sociales

 

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Cette variété du public se lit encore à travers les préférences qu’affiche chaque catégorie de spectateurs pour tel ou tel type de joueur. On sait [2] que le football, comme d’autres sports d’équipe, se caractérise par la mise en œuvre concomitante de schèmes, corporels et intellectuels, que d’autres disciplines valorisent isolément : la force du stoppeur (qui sait « se faire respecter »), l’endurance des milieux de  terrain [39] (« poumons de l’équipe »), la finesse (les ailiers « dribblant dans un mouchoir de poche »), le sens tactique et de l’organisation (la fameuse « vision périphérique du jeu »), etc. Chaque catégorie de spectateurs peut ainsi trouver sur le terrain de football matière à reconnaître des qualités (« socio-sportives ») propres à l’univers culturel dont il participe. Les enquêtes systématiques comme les entretiens ont fait ressortir, au-delà de préférences communes pour des vedettes incontestées, de sensibles variations dans les palmarès établis par les divers types de public. Considérons, à titre d’exemple, les différences de popularité, d’une catégorie de spectateurs à l’autre, de trois joueurs renommés de l’Olympique de Marseille. En 1985-86, Jacky Bonnevay est capitaine de l’équipe : c’est le joueur le plus réputé pour sa sobriété, son sérieux et son sens tactique ; il est, de façon significative, plus prisé par les patrons de l’industrie et du commerce, les artisans, les cadres supérieurs et moyens que par les ouvriers et les petits employés. Ce « petit patron » sur le terrain réalise son meilleur score dans la tribune est du stade (fig. 4), qui regroupe surtout un public d’artisans et de cadres moyens. N’exhibe-t-il pas des qualités similaires à celles que prisent, dans leur univers professionnel, les spectateurs de cette tribune ? Ces différences dans les goûts et les identifications apparaissent encore plus nettement quand on compare les cotes de popularité des deux vedettes de l’O.M. en 1987, Joseph-Antoine Bell et Alain Giresse. Le premier est le goal camerounais, fantasque, virtuose, facétieux, mettant en œuvre un style que l’on apprécie traditionnellement à Marseille : le panache et l’efficacité spectaculaire. Vedette étrangère, comme tant d’autres gloires de l’O.M., il symbolise le cosmopolitisme idéal d’une cité modelée par de puissants mouvements migratoires. Bell jouit d’une aura maximum dans les virages (fig. 5) où s’entasse un public jeune et populaire, amateur d’exploits fantasques, et singulièrement dans le secteur nord, où se regroupent, on l’a dit, des spectateurs résidant dans le nord de l’agglomération, dont beaucoup sont des fils d’immigrés. De façon symptomatique, lors du dernier match de Bell sous les couleurs de l’O.M., à la fin de la saison 87-88, une banderole portant « Joseph reste avec nous » était brandie par les supporters du virage nord. La carte de popularité d’Alain Giresse est, pour ainsi dire, le négatif de celle de Joseph-Antoine Bell. Giresse est avant tout un organisateur, doué d’un extraordinaire sens tactique, plutôt qu’un amateur d’exploits fantasques et virevoltants. Il jouit d’une cote de popularité maximale dans les tribunes centrales (fig. 6), où se regroupe un public plus âgé que dans le virage et composé, en majorité, de cadres supérieurs, commerçants, artisans, patrons de l’industrie, membres des professions libérales. De façon significative, c’est dans le virage nord, bruyant et désordonné, qu’Alain Giresse réalise son plus faible score.

 

3. Les spectateurs d’origine maghrébine

 

Ainsi, les préférences pour tel ou tel joueur se modulent-elles en fonction de l’appartenance sociale, du style de vie et de comportement des différentes catégories de spectateurs. Vus sous cet aspect, les joueurs, dans leur diversité, apparaissent comme des figures emblématiques des identités sociales. Nuançons cependant notre propos : d’une part, ce sont les vedettes au type de jeu bien tranché qui suscitent des réactions aussi contrastées ; d’autre part, les mécanismes identificatoires ne suivent pas toujours le chemin de l’homologie. Certains spectateurs affichent des préférences pour des joueurs qui, loin de cristalliser l’idéal socio-sportif de leur moi, paraissent plutôt comme des figures inversées de ce qu’ils sont dans le quotidien.

 

 

La présence au stade :
un baromètre de l’intégration dans la cité ?

 

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Un examen de la ventilation du public par origine nationale ou régionale (lieu de naissance des spectateurs et de leurs parents) fait apparaître une présence massive de descendants d’immigrés italiens, de pieds-noirs et de fils de pieds-noirs, qui se sont fortement identifiés à la ville où ils se sont établis. Fils d’immigrés italiens, et pieds-noirs participent très largement aux activités des clubs de supporters, et certains d’entre eux y exercent des responsabilités de [40] dirigeants. La population maghrébine, surtout celle d’âge mûr, apparaît, en revanche, sous-représentée dans le stade et ne participe pas, ou très peu, aux activités associatives, indice de sa faible insertion institutionnelle. Cependant cette situation, frappante quand nous avons commencé l’enquête en 1985, semble se transformer progressivement ; si les pères fréquentent en effet peu le stade, leurs fils forment une forte minorité du public du virage nord (fig. 3) ; cette présence, très localisée, se diffuse vers la tribune est, où se regroupe un public plus âgé. Ainsi se dessine une trajectoire dont nous avons pu vérifier la fréquence relative pour d’autres catégories de population : du virage nord vers la tribune est, au rythme des âges de la vie, le virage sud « menant » plus généralement vers la tribune ouest, plus prestigieuse. La présence de jeunes d’origine maghrébine dans le virage nord, de leurs « frères » aînés dans la tribune est, peut-être, interprétée comme l’indice d’un rite d’intégration dans la cité, que n’avaient pas accompli les générations antérieures.

 

 

4. Où apprécie-t-on Bonnevay ?

 

5. Où apprécie-t-on Bell ?

 

6. Où apprécie-t-on Giresse ?

 

Au total, le stade apparaît comme un observatoire privilégié d’une société urbaine, dans sa moitié masculine au moins (85% des spectateurs sont des hommes). S’y théâtralisent les rapports sociaux et vicinaux, selon des mécanismes dont sont largement conscients les spectateurs. Des « cartes mentales » du stade accentueraient les contrastes repérés par l’enquête, que les usagers perçoivent de façon plus marquée encore. S’y expriment tout à la fois un consensus autour de l’équipe qui symbolise la ville et des différences dans les styles de supportérisme, dans l’engouement relatif pour telle ou telle catégorie de joueurs. Un tel site, miroir d’identités, centrale d’intégration —et non de fusion— dans la ville, mérite, à coup sûr, le détour, y compris pour le cartographe.

 

FIN


*    Maître de Conférences, Université d’Aix-en-Provence.

[1]    La première a été menée le 15 décembre 1985 à l’occasion du match Olympique de Marseille – Paris Saint-Germain, alors leader du championnat, la seconde le 22 mai 1987 lors du match O.M.- R.C. Lens. On trouve ra un bilan détaillé de la première enquête dans BROMBERGER C., HAYOT A., MARIOTTINI J.M., 1987, « Allez l’O.M. ! Forza Juve ! La passion pour le football à Marseille et à Turin », Terrain, n° 8, pp. 8-41. Voir aussi : BROMBERGER C., « Les dieux de l’Ohème », Autrement, numéro spécial sur Marseille (sous presse).

La recherche que nous conduisons, avec A. Hayot et J.M. Mariottini, sur l’engouement pour les clubs et les matchs de football à Marseille, Turin et Naples est soutenue par la Mission du Patrimoine Ethnologique (Ministère de la Culture) et par l’URA 648 (Ethnologie des Pays de la Méditerranée nord-occidentale) du CNRS.

[2]    Voir sur ce point : BROMBERGER C. HAYOT A., MARIOTTINI J.M., op. cit., pp. 14-20 ; et POCIELLO C, 1982, « La force, l’énergie, la grâce et les réflexes. Le jeu complexe des dispositions culturelles et sportives », Sports et sociétés : approche socioculturelle des pratiques, Paris, Vigot, pp. 171-238.

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